Les vitraux hauts en couleur d’Adriana Bellamy, maitre verrier

Au travail à « L’Atelier d’Adriana » du 20 rue Severo (copyright Adriana Bellamy)

Adriana Bellamy se défend d’être une artiste, mais elle a tout d’une grande artiste : la maîtrise de la technique, l’inspiration et le goût de l’innovation. Elle a certes le privilège d’exercer son métier de maitre verrier comme d’autres pratiquent passionnément un hobby, sans autre souci que la satisfaction de créer des vitraux qui correspondent à ses goûts et ses intuitions. Mais elle fait toujours mouche en proposant ses créations à ses clients, ce qui est peut-être la définition du talent. Nous l’avons rencontrée à son atelier de la rue Severo dans le 14ème arrondissement de Paris pour essayer de nous familiariser avec un art qui reste encore réservé aux happy few.

Des techniques modernes appliquées à un savoir-faire ancestral

Lorsqu’Adriana arrive en France il y a trente-sept ans, c’est pour y étudier la photographie en complément du diplôme des beaux-arts qu’elle a obtenu dans sa Colombie natale. Elle ne maitrise malheureusement pas suffisamment bien la langue française pour prétendre passer avec succès l’examen d’entrée à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art, mais s’aperçoit en se promenant à l’ENSAAMA qu’on y forme également des vitraillistes. Elle ne peut pas s’empêcher de faire le lien avec le travail de peinture à froid sur faux vitrail qu’elle a pris grand plaisir à réaliser en Colombie. Elle parvient à convaincre le directeur de l’ENSAAMA de sa très grande motivation pour devenir maitre verrier grâce à un dossier de candidature qui s’appuie sur une théorie de la couleur et réussit de cette façon à intégrer l’école en tant qu’étudiante étrangère. Elle en ressortira quatre ans plus tard avec le certificat nécessaire à l’exercice de son futur métier. Pourtant l’enseignement qu’elle y reçoit et qui repose exclusivement sur la reproduction de techniques anciennes ne la satisfait pas complètement : « J’apprécie bien sûr la peinture, mais je considère que nous vivons aujourd’hui une autre époque et que les vitraux ne doivent plus être faits comme au Moyen-Age », analyse-t-elle avec du recul. Pour s’ancrer dans une démarche plus moderne, elle s’équipe de nouveaux outils qu’elle se procure aux Etats-Unis et se familiarise en autodidacte à de nouvelles techniques comme le sablage, le fusing ou le thermoformage. L’approche américaine qui met à la disposition du tout venant des outils et des machines permettant de réaliser des vitraux sans avoir à suivre un apprentissage de plusieurs années tranche très nettement avec la méthode hexagonale d’acquisition du savoir-faire traditionnel. C’est d’ailleurs un New Yorkais du nom de Louis Comfort Tiffany qui, jugeant le procédé du plomb trop restrictif, a révolutionné à la fin du XIXème siècle la technique du vitrail en travaillant directement les fragments de verres colorés et les chutes de verre selon une méthode nouvelle, la technique dite Tiffany, à laquelle Adriana ne manque bien sûr pas d’avoir également recours. Force est de constater que la France n’est pas restée hermétique à ces nouveaux outils et techniques puisqu’ils sont aujourd’hui largement diffusés dans les très nombreux ateliers de verrerie qui ont pris leur essor dans notre pays pour répondre à la demande toujours croissante des particuliers fortunés friands des effets de lumière.

Vitrail Marylin en poudre de verre (copyright Adriana Bellamy)

Des clients toujours bluffés par son audace créatrice

Car le vitrail a le vent en poupe chez ceux qui peuvent se le permettre. Adriana est souvent confrontée à des clients qui désirent ardemment décorer leur intérieur avec un vitrail mais sans vraiment savoir au fond ce qu’ils veulent. Tout son talent va consister à leur proposer une oeuvre qui s’insère parfaitement dans leur habitat mais à laquelle ils ne s’attendaient pas forcément au départ. « Je ne sais vraiment pas comment je m’y prends, mais le fait est que mes clients finissent par me faire confiance, nous confie-t-elle. C’est ainsi que je vends des vitraux que je n’ai jamais dessinés, simplement en discutant avec eux et bien sûr en regardant l’endroit où je vais travailler qui, même complètement nu, est la base de mon inspiration créatrice. Heureusement, jusqu’à présent, tous mes clients ont été pleinement satisfaits. J’ai par exemple réalisé des vitraux de couleur pour des gens qui avaient très peur de la couleur. Je rencontre aussi parfois des clients qui me demandent de réaliser certaines choses sans que je sache du tout comment je vais m’y prendre pour les satisfaire. Je me débrouille en faisant des recherches par moi-même et je m’en sors de cette manière. » Adriana l’aventurière autodidacte ne cache pas sa fierté de faire des choses que les autres ne font pas. Elle a ainsi réalisé une Marylin en poudre de verre alors que personne en France n’avait avant elle utilisé cette technique pour créer semblable ouvrage. Elle n’a pas pris pour autant la grosse tête et reconnait volontiers qu’elle ne cultive pas de don particulier pour le dessin d’art : « Je me débrouille pour faire des choses qui ont beaucoup de mouvements, qui sont harmonieuses et j’aime beaucoup la couleur », se contente-elle de dire. Les clients d’Adriana habitent pour la plupart les quartiers aisés de Paris. Ils la contactent par internet pour décorer leur appartement haussmannien qui souvent ne laisse pas passer beaucoup de lumière. Le vitrail est aujourd’hui très à la mode mais ceux qui en sont amateurs et demandeurs continuent la plupart du temps à se référer à des styles anciens tels le style Art nouveau ou le style Art déco. Adriana se bat fermement contre cette tendance conservatrice car elle estime qu’on ne doit pas faire au XXIème siècle des vitraux comme on en faisait au début du XXème. C’est elle qui le plus souvent pallie au manque d’idées de ses clients et surmonte leurs inhibitions face à l’innovation en leur proposant avec succès des réalisations personnelles et souvent plus colorées que leurs projets initiaux. Les seuls échecs dont elle se souvient correspondent aux situations dans lesquelles elle a été contrainte de se soumettre aux desiderata de ses commanditaires. Redoubler de créativité tout en continuant à se tenir au fait des innovations techniques est pour elle la meilleure garantie de succès. Ses récentes réalisations sont en tout cas la bien la preuve qu’elle est loin d’avoir épuisé toutes les potentialités du genre.

Fenêtre vitrail (copyright Adriana Bellamy)

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