Le 14ème en portraits de Béatrice Giudicelli

Alienis pedibus ambulamus. Nous marchons tous dans les pas des autres et Pernety 2020 n’échappe pas à la règle, qui n’a rien inventé en réalisant les portraits des personnalités marquantes du 14ème arrondissement de Paris. Béatrice Giudicelli avait ouvert la voie bien avant nous en publiant dès 2011 aux éditions Carnets-Livres Visages du XIVe suivi en 2017 à Riveneuve Editions de Figures du XIVe arr.. La moindre des politesses à l’égard de notre remarquable prédécesseur était donc de la solliciter pour une interview. Béatrice a fini par céder à nos supplications et nous nous sommes rencontrés en ce début d’année 2020 au café Les Artistes de la rue Didot pour qu’elle nous fournisse la matière d’un portrait de la portraitiste.

Le goût des autres puissance 14

Béatrice n’est pas née dans le quatorzième arrondissement de Paris. Cette Cannettane d’origine ne se souvient pas non plus avoir toujours voulu écrire. Après son baccalauréat, elle s’inscrit en prépa HEC puis se rabat sur des études d’économie. Elle commence par travailler dans les télécoms en tant que chargée d’études économiques mais s’y « ennuie à cent sous de l’heure ».  Les métiers de la communication correspondent plus à sa fibre personnelle. Après avoir rongé son frein pendant plusieurs années, elle finit par obtenir un poste au service de communication de l’Autorité de Régulation des Télécoms (ART devenue ARCEP). Elle y devient rédactrice en chef de la lettre d’information externe qu’elle transforme complètement. C’est de cette époque que nait le projet d’écrire un livre. Elle perd son emploi à la suite d’une restructuration et devient pigiste avant de collaborer à France Active où elle prend grand plaisir à réaliser les portraits d’entrepreneurs de la vie sociale et solidaire : « Cette expérience a été une révélation. Je me suis sentie en osmose et en empathie complète avec mes interlocuteurs. Leur parcours semé d’embûches m’a vraiment interpelée et inspirée. J’étais soudain portée par une veine créative et mes articles ont tous été très bien accueillis. C’est ça qui a lancé le livre Visages du XIVe car je sentais que j’avais des choses à exprimer ». C’est en effet cette énergie positive qui transparait quand on lit ce premier opus de Béatrice magnifiquement illustré par les dessins de France Dumas. Une énergie soutenue par une belle générosité puisqu’on y retrouve au milieu des stars que sont Cabu, Jean Lebrun ou Armand Gatti, des gens moins illustres mais qui dans leur grande diversité ont en commun d’ajouter un supplément d’âme à l’arrondissement de Paris qu’elle a choisi d’habiter depuis aujourd’hui plus de vingt ans. Des artistes bien sûr mais également des responsables associatifs, un jardinier, un libraire, une gardienne d’immeuble, un réparateur de cycles et bien d’autres encore qui sont autant de pittoresques et attachants personnages du 14ème. Tous sont porteurs d’un univers qui leur est propre, chargés d’une histoire personnelle plus ou moins chaotique, marqués par des combats et des blessures qui ont forgé leur caractère, et soutenus par des espoirs qui les font tenir et avancer. « En écrivant ce livre, j’ai tout à coup essayé de comprendre les autres de l’intérieur alors que jusque là ils étaient très lointains. Il y a tellement de choses à explorer chez les gens. J’ai cherché à capter la magie de chacun », témoigne Béatrice. Son goût des autres et de l’écriture va l’amener à renouveler l’expérience et sortir en 2017 un second livre intitulé Figures du XIVe arr. toujours illustré par France Dumas et réalisé avec le précieux concours de François Heintz, un collaborateur du journal de quartier associatif La Page du 14è arrondissement aujourd’hui décédé. Une réception est organisée à cette occasion à la Mairie du 14ème, qui vient saluer le travail effectué par Béatrice et ses amis (*). De quoi l’encourager à voir grand et à nourrir de nouveaux projets.

Créer un lieu de rencontres avec les artistes

Car Béatrice qui s’occupe au quotidien d’accompagner des élèves en situation de handicap n’est jamais rassasiée de rencontres dont elle s’attache à faire profiter les autres. De diners entre amis en soirées musicales qu’elle accueille régulièrement à son domicile de la rue des Suisses, elle s’est constitué un réseau d’amis et de connaissances qui ont en commun d’aimer animer et faire vivre le Quartier Pernety. Son projet serait aujourd’hui de créer un espace similaire à celui qu’a animé Jean Lebrun au Café El Sur sur le boulevard Saint Germain il y a maintenant vingt cinq ans. Le célèbre journaliste et producteur de France Culture y avait coutume de recevoir des invités pour parler de leur univers personnel, de leur carrière et de leur actualité. Ce salon des temps modernes pourrait très bien se tenir au Poinçon, l’ancienne gare de la Petite Ceinture, qui dispose déjà de toute la logistique nécessaire. Béatrice se voit bien en animatrice de débats entourée de chroniqueurs intervenants sur le thème et autour de l’invité de la soirée. Le 14ème arrondissement a toujours été un territoire d’élection pour les artistes et nombre d’entre eux y sont restés très attachés comme par exemple Renaud à qui Béatrice a fait parvenir Visages du XIVe et qu’elle rêve depuis toujours d’interviewer. L’avenir nous dira si ce beau projet pourra un jour se concrétiser. En attendant de le faire progresser, Béatrice, qui a gardé intacte sa curiosité pour les autres, continue de se régaler chaque jour de la lecture du portrait de dernière page de Libération.

(*) A également été projeté lors de cet évènement un film sur Margaret Skinner, figure des combats urbanistiques du quartier Pernety-Plaisance, réalisé par Béatrice et monté par Alain Gorich avec des dessins de France Dumas.

 

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