Le 14ème arrondissement au fil des Pages

Une du numéro 127 d’octobre-décembre 2020 de La Page

Nous nous posons des questions à Pernety 2020. Après avoir changé de nom, allons-nous maintenant devoir changer de stratégie et totalement nous réinventer pour susciter l’intérêt et attirer de nouveaux lecteurs ? Une enquête s’imposait auprès de notre vénérable concurrent La Page du 14ème arrondissement dont nous avons rencontré la présidente, Françoise Salmon, et son trésorier, Arnaud Boland, pour tenter de percer les secrets de la réussite et de la longévité de la publication préférée des Quatorziens.

Du militantisme à l’information

La Page, qui a fêté ses 31 ans en 2020, n’est pas le premier journal local associatif du 14ème arrondissement de Paris. Il a succédé au 14ème Village fondé en 1977 par une bande de copains, amis de Pierre Juquin et communistes refondateurs, parmi lesquels Gérard Courtois, journaliste au Monde. L’aventure, dont le site de La Page a conservé dans ses archives les vestiges, va durer presque cinq ans jusqu’à l’arrivée de la Gauche au pouvoir en 1981. Ce sont les nombreux projets urbains qui voient le jour un peu plus tard dans les années 80 et qui ne laissent ni passive ni indifférente la population du 14ème arrondissement qui seront à l’origine de la naissance d’un second journal local associatif porté en 1989 sous les fonds baptismaux sous le nom de La Page du 14ème arrondissement. Cette nouvelle publication lancée par des militants actifs dans d’autres structures associatives va elle-même connaître des hauts et des bas. « Au moment de la naissance du journal, la municipalité du 14ème était une municipalité de droite et La Page a souvent porté et soutenu les luttes des habitants visant à préserver ce qui pouvait être préservé dans certains quartiers », souligne Françoise Salmon. « D’autant plus que l’arrondissement a bien changé en quelques années », renchérit Arnaud Boland arrivé dans le 14ème en 1977 et témoin de la grouillante activité des boutiques de la rue d’Alésia à cette époque. Vont, entre autres dossiers, être couvertes par La Page la fermeture et la démolition de l’Hôpital Broussais et sa transformation ultérieure, la démolition de l’îlot de l’Eure et sa transformation en cité avec le sauvetage de la Place de la Garenne et du Château Ouvrier, ou plus récemment la Pension de Famille Bauer-Thermopyles et l’opération des Grands Voisins sur le site de l’ancien Hôpital Saint-Vincent-de-Paul. « Aujourd’hui, nous sommes quand même nettement moins militants qu’au début », nous fait remarquer Arnaud qui est rentré dans l’équipe de la rédaction du journal plusieurs années avant Françoise. « Les choses sont en effet un peu différentes car un dialogue avec la population s’est noué depuis l’élection de la nouvelle municipalité, confirme la présidente. Mais La Page continue de se battre pour les choses qui mériteraient d’être améliorées, même si nous ne sommes bien sûr en aucun cas les porte-voix systématiques des collectifs de citoyens qui se forment pour contester les décisions municipales ». La Page se veut bien plutôt un journal d’information locale généraliste dont l’objectif est de sensibiliser les habitants du 14ème à toutes les initiatives qui voient le jour dans l’arrondissement en matière d’urbanisme, de culture, de vie citoyenne et associative, de solidarité, etc. La publication se saisit de toutes les problématiques locales importantes dont la bonne compréhension par les habitants nécessite un travail d’investigation approfondi de la part de l’équipe de journalistes. Les grand thèmes tels que l’accès à l’école, l’accès à la santé, la sécurité font ainsi l’objet d’un travail collectif de tous lors de réunions hebdomadaires qui ont lieu dans les locaux du journal au Château Ouvrier. L’objectif poursuivi par l’équipe de la rédaction est toujours d’essayer d’équilibrer les points de vues, et les débats qui peuvent survenir en son sein sont reflétés par la publication d’articles divergents qui illustrent le pour et le contre d’une question.

L’équipe de la rédaction au travail (juin 2020)

Un journal totalement libre et réalisé par des bénévoles

C’est donc au Château Ouvrier, dans ce lieu symbolique de l’identité préservée du 14ème arrondissement, que se réunissent chaque semaine les bénévoles de l’Equip’Page pour débattre du contenu du numéro en préparation. Cette année, les contraintes liées aux confinements ont bien sûr très fortement compliqué la tâche des collaborateurs du journal, d’autant que la pandémie de Covid-19 a réduit à presque néant l’activité associative, culturelle et commerciale de l’arrondissement. Mais rien ne saurait venir à bout de la persévérance des membres de l’équipe de rédaction pour sortir chaque trimestre les 1000 exemplaires de La Page dont certains sont vendus à la criée sur les marchés du 14ème et d’autres dans différents points de vente de l’arrondissement. Le journal ne vit que de ses 180 abonnés et de ses acheteurs au numéro. Il ne bénéficie d’aucune ressource publicitaire ni d’aucune subvention de la Mairie ou d’un quelconque autre organisme, ce qui garantit son indépendance et la totale liberté de sa ligne éditoriale. « D’ailleurs, avons-nous une autre ligne éditoriale que celle de la défense des habitants du 14ème ? se demande Arnaud. Pas vraiment, finit-il pas répondre. Aucune ligne politique précise en tous cas puisque presque toutes les sensibilités politiques sont représentées à La Page. Nous essayons juste d’être aussi objectifs que possible ». Les collaborateurs du journal au nombre d’une douzaine sont exclusivement des bénévoles qui n’ont pas vraiment de rubrique attitrée et qui se répartissent les sujets selon leurs sensibilité et inclination propres. Certains fournissent des photos, d’autres des articles. Le seul rendez-vous récurrent est celui de Jean-Louis Bourgeon, professeur d’université aujourd’hui à la retraite, qui consacre un article à une particularité architecturale de l’arrondissement dans chaque numéro de La Page depuis bientôt quinze ans. Françoise Cochet s’occupe plus particulièrement de la vie associative. Marie-Lize Gall, la présidente de l’Association des Peintres et Sculpteurs Témoins du 14ème se charge quant à elle de faire découvrir les artistes locaux peu connus de l’arrondissement. D’autres liens existent encore avec par exemple la Société Historique et Archéologique du 14ème arrondissement de Paris. Chacun – et on ne citera pas ici les noms de tous les collaborateurs – apporte à vrai dire sa pierre à l’édifice fort de son expérience professionnelle passée : Françoise Salmon a été journaliste pendant 35 ans dans une revue économique et politique tandis qu’Arnaud Boland a lui fait sa vie dans le cinéma. « Cela ne m’empêche pas de m’intéresser à d’autres domaines de l’art », précise Arnaud qui consacrera un article à une artiste locale du collage dans le prochain numéro de La Page. Françoise, la présidente qui sans doute passera la main à la rentrée de 2021, souhaiterait aujourd’hui qu’un sang neuf vienne irriguer la rédaction de La Page après le décès du très regretté François Heintz qui y a collaboré pendant des années en contribuant notamment grandement à sa partie culturelle. La célébration en 2019 autour du célèbre journaliste de Radio France Jean Lebrun du 30ème anniversaire de la publication marque peut-être un nouveau point de départ pour l’équipe de la rédaction afin qu’une fois l’épidémie de Covid-19 oubliée, se tourne une toute nouvelle Page…

Cliquez ici pour accéder au site de La Page du 14ème arrondissement.

2 réflexions au sujet de « Le 14ème arrondissement au fil des Pages »

  1. Ne de parents d’origine guineenne, Alpha Wann passe les dix premieres annees de sa vie a Fontenay-aux-Roses, au sud de Paris. Il emmenage ensuite dans le arrondissement de Paris dans le quartier de Pernety. Il s’impregne de la culture hip-hop des son plus jeune age, faisant partie de la generation MTV

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